Ne pas vouloir d’enfant : un choix de vie au féminin

« La décision de ne pas avoir d’enfant relève du privé et de l’intime . La plupart du temps, c’est le résultat d’un dialogue secret entre soi et soi ….. » (1).

Avec la contraception, la maîtrise de la fécondité a modifié les mentalités . Il est entré dans les mœurs que la femme choisisse d’avoir un enfant « plus tard » et qu’elle fasse des choix personnels, professionnels, artistiques … avant celui d’avoir un enfant . L’âge moyen du premier enfant est passé à plus de 28.5 ans en 2015 contre 24 ans en 1974 (2)  et rares sont les personnes qui trouvent à y redire .

Le discours change quand, arrivée à « un certain » âge défini par les normes familiales, sociales et/ou culturelles, la femme choisit de ne pas avoir d’enfant ou ne prend pas la décision d’en avoir . Le phénomène est souvent amplifié quand elle vit en couple .

Quelle femme, quel couple n’a pas entendu un jour « alors c’est pour quand ? »,

« nous ça y est, à votre tour maintenant » ou « quand est-ce que vous vous y mettez ? » .  Ces femmes, ces couples qui décident de ne pas avoir d’enfant deviennent des sujets d’interrogations, sont jugés parfois ou deviennent suspects . Des questions sont posées ou insinuées : problème de fertilité, de santé, de couple ? Le sujet devient tabou .

La femme porte sur ses épaules le pouvoir de perpétuer l’espèce humaine. Que ce soit intérieurement ou plus ouvertement dans le contexte social, culturel, familial la pression d’être une bonne mère ou non et donc d’être une femme accomplie et respectueuse ou non est lourde. La fonction d’être mère est très particulière dans le sens où contrairement à celle d’être père, la femme accomplie est celle qui assume le cumul des fonctions parentales, sociales et professionnelles. De quoi faire réfléchir sur son propre désir d’être mère . La société envisage difficilement qu’une femme s’épanouisse sans connaître la maternité ou qu’un couple soit heureux sans vivre la parentalité .

La féminité et tous les événements qui s’y rattachent et notamment la maternité, sont directement liés à notre histoire, notre enfance et en particulier à la relation qui existe entre la mère et la jeune femme qu’est devenue son enfant.

Quand les femmes parlent d’elles, elles racontent inévitablement ce qui s’est passé, ce qui se passe encore avec leur mère et souvent ce qui se passera si…Mais comme le souligne E. Badinter j , la féminité n’est pas seulement influencée par le psychisme . Le contexte historique pèse lourd, la féminité de nos grands-mères n’est pas la même que la nôtre. Les priorités des femmes sont toutes différentes, chacune va les établir pour définir ce en quoi elle est féminine : l’élément indissociable à toutes ces priorités étant le choix ou non d’être mère . Ce choix s’effectue au fil du temps qui est particulier à chacune . Il se vit au quotidien sur toute une vie qui ne sera assumée que par elle-même et non pas par la famille, les amis, la société qui lui envisagent souvent un parcours différent . Les témoignages des femmes révèlent fréquemment la pénibilité des regards furtifs, interrogateurs, des allusions suspicieuses portés contre leur choix de vie . La situation devient plus difficile encore quand les amies, « celles avec qui on partageait tout », deviennent mères, ou quand dans les réunions de famille les sujets de conversations ne tournent qu’autour des vécus de grossesse ou des enfants . De quoi se sentir « différente » alors qu’il n’y a pas lieu .

A chacune sa féminité .  La meilleure façon de la vivre est qu’elle soit choisie librement . Pour celles qui choisissent de vivre en couple, annoncer ses choix est primordial . Le désir ou le non désir d’enfant concerne tout autant les hommes que les femmes même s’il se vit et se ressent différemment .

 

Sources :

(1) Le conflit – E. Badinter – (2) Insee Première- No 1642 – Paru le : 27/03/2017

Si vous souhaitez en lire plus :
« Etre femme sans être mère » – Emilie Devienne

« Le choix d’une vie sans enfant » – Charlotte Debest

« Epanouie avec ou sans enfant » – Isabelle Tilmant

« Pas de bébé à bord : Choisir de ne pas avoir d’enfant… envers et contre tous ! » – Gisèle Palancz