Entretien autour de l’IVG

Les femmes qui prennent la décision de demander une interruption de grossesse font un choix qui peut être difficile .

A l’heure où le combat se centre sur l’accès à ce droit, il me semble important de se pencher sur le besoin pour ces femmes d’être accompagnées dans cette décision, accompagnées à ce moment de vie qui met en jeu tout ce qu’il y a de plus intime, de féminin en elle . L’entretien pré-IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) qui n’est plus obligatoire pour les femmes majeures « doit être systématiquement proposé » dit la loi . Souvent appréhendé par celles qui sollicitent une IVG, il est souvent délaissé par peur d’être influencées, d’être jugées .

Je suis pleinement convaincue qu’offrir un temps, un espace où elles peuvent s’exprimer librement peut les aider à vivre cet événement le mieux possible .

Mon expérience en tant que Conseillère Conjugale et Familiale en centre d’orthogénie m’a donné l’occasion d’assister à de nombreux entretiens qui ne leur étaient -QUE- proposés . Les femmes pour la plupart avaient déjà pris et annoncé leur décision . L’entretien n’aurait pu durer que quelques minutes, temps nécessaire pour finaliser le dossier .  Au lieu de cela, elles se sont toutes saisies de ce temps jusqu’à la dernière minute de l’heure qui leur était consacrée . Avec l’accompagnement dont elles ont pu bénéficier, elles ont mis en mots ce qu’elles ressentaient au regard de leur prise de décision, mais pas seulement . Le tableau de leur vie prenait forme comme un puzzle où les ressentis, questionnements, doutes, s’assemblaient avec leurs silences voire leurs larmes . Mais quelquefois l’heure n’y suffisait pas . Chaque entretien m’a étonnée dans ce qu’il me donnait à entendre et à voir tant sur mon rôle de Conseillère Conjugale et Familiale que sur ce qui se jouait dans le questionnement sur l’IVG . Alors qu’elles n’en étaient pas en quête, ce temps d’intimité, était devenu un besoin pour ces femmes, une réflexion, une reconnaissance de leurs mouvements intérieurs, un recentrage sur elle-même . Elles avaient tant à dire, à remettre en cause, à réfléchir, et surtout tant besoin de se soulager, se sentir entendues .

Le droit fondamental à disposer de son corps, à décider de maintenir ou non une grossesse, ne justifierait donc pas de nier tout ce que j’appelle « l’interne de soi », ces émotions contenues ou non, cet inconscient que l’on refoule ou non . L’IVG ponctue un moment particulier et unique dans le parcours de la féminité .  Au-delà de cette féminité, la question de l’IVG évoque le rapport aux liens d’attachement, aux liens familiaux, conjugaux, du copain ou parfois de l’inconnu . Elle met au jour l’im-possible parentalité.

Les entretiens pré et post-IVG ne sont plus une priorité au regard de la loi . Pourtant, quand il s’agit du respect des droits des femmes, peut-on morceler le parcours psychique de la femme en ignorant tout l’inconscient lié à cette interruption de grossesse ? Beaucoup déclarent « je vais bien merci, l’IVG n’est pas un traumatisme » . Pour certaines effectivement ce n’en est pas un, pour d’autres l’IVG peut laisser des traces . Cependant peu d’entre-elles reviennent au centre d’orthogénie pour des entretiens post-IVG . Même s’ils sont essentiels, les professionnels ont remarqué qu’il est difficile de revenir pour parler de « l’après » .

L’entretien pré-IVG offre à la femme concernée un espace pour se poser, réfléchir sur le pourquoi, sur le sens de cette grossesse alors qu’elle n’était pas pensée, prévue, attendue … La conseillère conjugale et familiale écoute, soutient, aide dans le plus grand respect de la décision finale qui appartient à la femme, quelquefois au couple .

Dans l’entretien post-IVG il est possible de s’exprimer en toute liberté sur ce qui vient d’être vécu, sur ce qui questionne au présent . C’est un temps où peuvent être déposés les sentiments, les doutes, la souffrance . Dans toutes les situations, ces entretiens sont confidentiels et offrent une écoute bienveillante .